Après ce splendide week-end de merde, laissez moi vous conter une grande aventure! L'aventure de Bibi et les enfants au cross inter-collèges! Ok, ça fait trois jours, ça devient périmé mais excusez-moi du peu, c'est ce qu'il a fallu pour m'en remettre...
Imaginez donc, quatre cents cinquante mômes, dont cent-quarante-deux à vous, de la boue, de la forêt, des sentiers, des baskets et trois kilomètres de course। Sachant que les courses ne se courent bien entendu, pas toutes en même temps et qu'il faut donc surveiller tout ce beau monde, tant ce qui courent que ceux qui se prélassent en fabriquant des bombes artisanales ou en testant des méthodes de torture digne du conflit israëlo-palestinien sur un sixième। Si de plus, on introduit une variante comme le passage d'une petite route à trois grammes au milieu du parcours, vous obtenez la dose de stress acceptable pour provoquer un accident cardiaque।
Et bien sûr, il faut les encourager... Et c'est peut-être bien ça le plus dur au final। Vous protesterez en me disant que ça ne doit pas être bien compliqué de crier "Allez Bidule, Allez Chosetruc!"... Bien sûr que non, vous répondrai-je, ce n'est pas compliqué, encore faut-il y croire un minimum... Et y croire, c'est là que ça devient périlleux... Imaginez que sur les cent quarante deux rejetons qui sont à vous, à peine dix pour cent ont la maîtrise totale de leur corps। Imaginez à présent que les quatre-vingt dix pour cent restant s'agitent en tous sens en espérant que bon gré, mal gré, leurs effroyables danses de Saint-Gui les mènera jusqu'au bout। Car ici, il ne s'agit même plus de victoire mais simplement de terminer...
Il y a ceux qui courent en tenant leurs bras d'une façon très étrange : les avant-bras repliés, les mains ballant, les pieds qui partent dans des directions opposés au sens de la course। En bref, c'est une souffrance de les voir faire ça, ça ressemble plus à une exécution qu'à un défi sportif। Et je ne vous parle du gamin qui courre avec la tête penchée। Celui-là par un phénomène très étrange, rapproche sa tête de son épaule à mesure qu'il prend de la vitesse, mû par une force centrifuge (ou centripète, que sais-je...) d'une cruelle absurdité।
Et il y a les chutes aussi, toujours spectaculaires, toujours ridicules, jamais bien graves। Comme le gamin qui se prend les pieds dans une racine avant de s'étaler de tout son long et cela sans même mettre les mains pour se retenir। Ou encore celui qui se prend les pieds dans ses pieds, je ne vois pas comment expliquer plus clairement ou bien celui qui tout à sa course et à son désir de victoire se mange un copain en pleine tronche। Et ça, à regarder, c'est bon...
Et pour peu que la pluie soit de la partie, ça devient carrément grotesque, vous vous retrouvez alors à encourager, bien au chaud sous votre parapluie, un café-thermos à la main des mioches trempés, couverts de boue et à bout de nerfs। Et dans un cynisme absolue, vous vous permettez de souffler à vos collègues que franchement, ils sont nuls, vous-même à leur âge...
Et bien vous-même à leur âge, c'était une douleur pour vous également। Le cross inter-collèges était l'épisode le plus redouté de l'année। Vous enduriez mille souffrances, ne terminiez jamais et en plus, vous n'en n'aviez rien à foutre de gagner। C'est peut-être bien votre adolescent intérieur qui s'exprimait ce matin quand vous siffliez à votre collègue : " Allez steup, je peux pas rester avec toi plutôt que d'aller encadrer? On se fera des chocolats chauds et on mangera les bonbons qui sont restés dans les cartables..."
lundi 8 novembre 2010
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